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J'ai décidé d'ouvrir ce blog et de laisser mon témoignage sur ma vie en tant que schizoïde au quotidien. Il pourrait être utile à tous ceux qui souffrent de la même pathologie, afin de découvrir les autres sous un angle différent, ainsi qu'à leurs proches qui pourraient être à même de mieux les comprendre.

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Une journée type

Nous sommes en avril, je vis avec elle depuis 4 mois.

 

Ce matin, le réveil a sonné à 8h.

Nous sommes Mardi, Cécile doit être au labo pour son stage à 10h, comme depuis une semaine maintenant. J'ai entendu le réveil mais comme d'habitude je n'ai pas envie de me lever dans l'immédiat. Les volets de la chambre laissent passer les premiers rayons du soleil. Dehors, il fait beau et chaud pour un mois d'avril. Elle vient se coller dans mon dos, m'embrasse le cou simplement parce que cela lui plaît. Au début, je n'aimais pas ce geste mais aujourd'hui il m'arrive d'aller le chercher. Je grogne pour dire que je suis réveillé et elle glousse. Elle n'aime pas que je l'ignore trop longtemps alors elle me retourne sur le dos et se met sur moi de tout son poids pour me dire « bonjour ». J'aime pas quand elle fait ça mais je ne dis rien. Elle le sait bien, elle veut juste me taquiner. Nous nous faisons un câlin, je suis entreprenant et elle aime ça. C'est elle qui m'a apprit ce qu'elle aimait : lui caresser le dos, l'embrasser sur l'os de la mâchoire puis descendre dans son cou. Je lui dis que si l'on continuait comme ça elle allait être en retard. Finalement elle se lève. Je préfère couper court le matin, je ne suis pas assez dans mon assiette pour que nos jeux amoureux aillent plus loin.

 

Je l'entend boutiquer dans la cuisine, elle doit faire du café ou bien chercher les filtres. Je me lève à cause de l'odeur qui me fait envie. Elle a trouvé les filtres, enfin. Elle est déjà dans la salle de bain en train de se préparer, j'allume la télé et me colle sur le canapé avec un mug de café dans une main et un pain au chocolat dans l'autre. William Leymergie est trouble vu d'ici mais c'est normal, il va falloir que je prenne mes médicaments une fois le petit déjeuner ingurgité. D'ici, j'entends Cécile faire des allers et venues entre la salle de bain, la chambre et la cuisine le tout, avec la délicatesse d'un troupeau de brontosaures. Elle fait tout en même temps, ne prend jamais le temps de faire quelque chose puis de passer à une autre ensuite. Elle passe devant moi, pestant parce qu'elle ne trouve pas son sac. Je dis alors à Miss Bordélique qu'il est toujours au même endroit sur le porte manteaux, mais sous les manteaux. Elle le retrouve, son téléphone aussi par la même occasion. Incroyable qu'après tout ce temps passé ensemble elle je sache toujours pas où elle range son sac à main d'un jour à l'autre.

Il est 9h, elle est prête. Elle sent bon, elle est bien coiffé et maquillée, chose qu'auparavant elle ne faisait pas. Elle s'installe à côté de moi et mange un biscuit qu'elle trempe dans mon café. Nous regardons la télé pendant un court instant, elle doit descendre pour ne pas rater son bus. Elle se lève et me dit au revoir. Je l'embrasse par réflexe à présent, c'est un automatisme acquis et ça ne me dérange plus. A la porte, elle me dit de venir la chercher à 17h, je réponds que j'aurais un peu de retard suivis d'un « bisou ma chérie », qu'elle aime tant. Je sais maintenant comment l'accueillir et lui dire au revoir sans paraître rustre.


Ma journée à moi commence.

Sur la table de la cuisine, mes médicaments. Je commençais à trembler de plus en plus, il était tant que je les prenne. Mes anxiolytiques, mes vitamines car je suis en carence constante, depuis quelques temps j'essaie un antidépresseur mais je n'aime pas beaucoup ces choses là. En général je suis bien plus mal en les prenant. J'ai pour projet d'arrêter d'ici la fin de la semaine. Je fais une toilette rapide et je m'habille. Je vais chercher mon voisin du dessus pour aller à la fac. Il est encore en caleçon lorsqu'il m'ouvre la porte. J'entre chez lui et je l'attends. Je lui demande ce qu'il était en train de faire. Il me répond qu'il s'est levé à 4h pour finir un projet personnel qui n'avait rien à voir avec la fac mais qui lui tenait à cœur et qu'il s'était rendormi il y a une heure. On part avec un quart d'heure de retard.

 

On arrive en cours magistral. Il a déjà commencé, nous nous installons derrière les autres. Mon ami schizophrène n'a aucune difficultés à prendre les cours, tout l'intéresse et il note scrupuleusement tout ce que dit le professeur. Même les hypnotiques qu'il prend d'habitude ne l'empêche pas d'être actif. Pour ma part, je suis plus difficilement même si ce que dit le prof m'intéresse autant. Ma concentration est moindre et mes notes sont maigres. Le cours se termine, il est exactement midi. Nous allons manger au restaurant universitaire. On discute pendant ce temps, je prend un peu de temps pour moi aussi en rêvasant. Je laisse volontiers mon esprit vagabonder. Nous reprenons les cours à 13h. Les TD sont plus compliqués à suivre car un élève fait son exposé et je dois prendre des notes assez vite. J'y arrive cependant mieux que ce matin, j'arrive même à poser une question au prof. Ma copine m’envoie un message pour dire qu'elle est en pause et qu'elle aimerait qu'on fasse des patates au four ce soir. Va pour les patates au four. Auparavant, je ne répondais pas tellement à ses messages, maintenant j'aime bien le faire et au moins elle ne me harcèle plus. Les cours s'enchaînent jusqu'à 17h sans problèmes, si ce n'est que j'ai renversé mon café, dommage.

 

Avec Tom, je vais chercher Cécile au labo. J'arrive en retard mais elle est toujours à l'intérieur en train de discuter avec une dame qui devait être la secrétaire. Je lui téléphone, lui demandant si je ne devais pas plutôt repasser demain. Elle rit, salue la dame du labo et court jusqu'à la voiture. Elle s'assoit à côté de moi et me fait un bisou avant de saluer mon ami, avec qui elle s'entend bien je dois dire. Nous rentrons à la maison. Elle va s'écrouler sur le canapé. J'ai failli prendre une ballerine dans visage, au passage. Je me mets sur le canapé avec mon ordinateur et je vais sur internet. L'heure tourne, je vais jouer un peu de harpe, elle va faire à manger. Elle me demande de l'aide pour éplucher les légumes et je viens, même si je n'ai qu'à peine toucher les cordes. Je préfère venir l'aider plutôt que de la laisser faire tout toute seule. Pommes de terre, tomates, poivrons, oignons, et au four. Pendant ce temps, on discute de notre journée et je l'écoute. Je retiens certains détails, réplique, lui parle de mes cours. On a une discussion construite. Elle est en train de couper les légumes sur le plan de travail, dos à moi. Je me lève et passe mes mains tout son t-shirt et sur son ventre en l'embrassant dans le cou. Mes cheveux la chatouille et elle gigote comme une anguille. Même si elle me dit d'arrêter, je sais qu'elle aime ça et pour le coup moi aussi. J'aime sentir le contact de sa peau et respirer son odeur, celui de son cou. Ce n'est pas celle de son parfum, c'est son odeur à elle. J'arrête finalement de la taquiner et je vais reprendre un quart de mon anxiolytique, le sixième aujourd'hui. J'ai envie de me faire un dessert. Je fais un dessert thai que j'aime bien d'habitude.

De la cuisine, je la vois véhiculer dans l'appartement, ranger, se changer, contrôler le repas. Elle ne me parle pas mais n'arrête pas de râler parce qu'elle a oublié un truc ou qu'elle n'arrive pas à fermer la porte du placard. Finalement, on mange en regardant la télé. Elle passera la moitié de la soirée au téléphone avec sa mère, moi en train de comater sur le canapé. Vers 22h, elle met à jour son rapport de stage. Elle me demande ou j'en suis avec mon dossier. Merde, j'ai oublié. Les cours finissent samedi, j'ai intérêt à bosser plus vite. L'envie d'entreprendre des choses me manque cruellement. Je fais de la table du salon mon QG et je bosse deux heures. Je commence à fatiguer, Cécile aussi. Elle va se mettre au lit avec un livre, moi avec mon PC.

Je finis d'écrire ces quelques lignes lorsqu'elle éteind la lumière.

Je crois que je vais faire pareil.

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