J'ai décidé d'ouvrir ce blog et de laisser mon témoignage sur ma vie en tant que schizoïde au quotidien. Il pourrait être utile à tous ceux qui souffrent de la même pathologie, afin de découvrir les autres sous un angle différent, ainsi qu'à leurs proches qui pourraient être à même de mieux les comprendre.
Ce mot ferait peur à tout individus.
Quand on prononce "internement", on pense immédiatement à l'asile, aux fous, aux psychiatres de l'URSS, aux expériences illégales sur les patients et à la prison mentale. Il est vrai que l'hôpital psychiatrique a eu longtemps une très mauvaise réputation. Il l'a encore.
J'en ai fait l'expérience lorsque j'avais 16 ans, je fus interné à la demande de mes parents.
A cet âge la, je ne me sentais pas bien du tout. Je me remettais sans arrêts en question. Avec Tom, nous avions eu des pensées morbides, nous nous questionnions sur la mort et l'après, sur ce qui peut pousser un homme à se tuer et par quels moyens il y arrive. Le suicide était une question bien délicate et j'y ai pensé beaucoup trop tôt. En 2006, j'étais très mélancolique, dépressif, angoissé, inquiet, cependant je ne le montrais pas à mes parents. Je n'en ai parlé qu'une seule fois à ma mère qui m'avait demandé pourquoi je me sentais dans cet état, mais rien n'étais sorti de ma bouche. Je ne voulais plus sortir de chez moi puis de ma chambre, refusant de manger. J'ai eu les cheveux très longs depuis mon enfance et un jour j'ai tout coupé jusqu'à la base de ma nuque. Aujourd'hui encore je conserve la même longueur. Cette année là, je me suis volontairement entaillé le poignet. Ma maladresse avait a rendu la douleur trop intense, je ne suis pas allé jusqu'au bout.
Suite à ces incidents, mes parents m'ont emmené voir mon pédo-psychiatre qui a recommandé un internement afin de me protéger de moi même. Mes parents ne comprenaient pas mon état. A cette époque ils savaient déjà que j'étais schizoïde, ils ne pensaient simplement pas que les manifestations d'un tel mal être pouvaient aller si loin.
Avec le recul, je pense qu'ils ont bien fait de me faire soigner. Sur le moment, il faut bien avouer que je l'ai très mal pris.
Je me souviens encore de ce jour.
En psychiatrie, il y a deux types de service. Le service ouvert où l'on trouve des patients dépressifs par exemple. Ce service est dit ouvert parce qu'on peut y entrer et sortir comme on veut. Les visites sont autorisées comme à l'hôpital, les patients peuvent sortir dans le jardin, aller à la cafétéria, aller et venir dans leur chambre comme bon leur semble. Il existe un service plus strict dit fermé, pour les patients qui pourraient être un danger pour eux comme pour les autres. Cela va du schizophrène paranoïaque au psychopathe. Ce service est très encadré par le personnel soignant. Il dispose d'un sas d'entrée et les portes sont fermées à clef, on ne peut pas sortir ni entrer comme on le veut.
Pour accueillir les enfants, il existes des structures spéciales qui prennent en charge les adolescents et enfants uniquement jusqu'à 16 ans. Là où j'ai été, il n'y avait qu'un seul service, fermé. C'était une petite structure avec peu de lits.
Mon père m'avait emmené en début d'après midi, juste après le déjeuner. J'avais mangé avec lui à la cafétéria de son hôpital. Nous sommes arrivés devant une espèce de grande maison, avec une petite cour intérieure, des arbres, des buissons fleuris. C'était joli comme tout.
A une sorte d'accueil, quelqu'un nous attendait. Pendant que mon père parlait à ce qui semblait être une infirmière j'en profitais pour regarder autour de moi. La pièce entière était lumineuse, je n'avais jamais vu un salon aussi grand non plus. Il y avait d'autres ado à l'intérieur. Mon père m'a ensuite prit part le poignet pour que je le suive, voyant que je rêvassais. On nous a conduit à ce qui serait ma chambre pour les 15 jours à venir. L'infirmière nous fit le tour de se qui s'y trouvait rapidement. Elle expliquait visiblement plus les choses à mon père qu'a moi. Sa main était moite et il acquiesçait à tout ce qu'elle lui disait. Je le sentais nerveux.
Les fenêtres ne s'ouvraient pas complètement et tous les meubles étaient comme vissés au sol. Il y avait deux lits et une salle de bain juste à côté. Je me souviens que le miroir était minuscule, je pouvais à peine voir mon visage en entier dedans. La visite finie, j'ai du vider le contenu de mon sac afin que tout soit contrôlé une dernière fois. L'infirmière passa brièvement en revu ce que j'avais emmené.
Elle nous proposa de visiter la maison avant de partir. Nous avions pris une bonne demi-heure je pense pour faire tout le tour de la structure tranquillement. Aujourd'hui je ne me souviens que de la façade avant et de la couleur orange de la salle commune. Vint le moment où mon père allait partir. Je n'ai pas une relation fusionnelle avec lui, loin de là mais je m'entend très bien avec mes parents. S'il y a bien quelqu'un avec qui j'aime parler c'est lui. A ce moment là je n'avais pas envie qu'il s'en aille et qu'il me laisse ici. Je lui ai demandé s'il ne pouvait pas rester un peu plus longtemps mais il m'a répondu qu'il devait prendre sa garde bientôt. J'avais les larmes aux yeux et je lui ai redemandé encore une fois en insistant sur le "s'il te plaît". Il essaya de se montrer ferme, me disant que si j'étais ici c'était pour mon bien. Je le savais, mais je ne voulais pas me retrouver avec des inconnus. Je savais bien qu'il finirait par craquer car c'est un véritable papa poule qui est incapable d'être autoritaire autant qu'il le voudrait. Je lui ai pris la main et je me suis mis à sangloter, demandant une nouvelle fois de ne pas me laisser ici. J'ai fais cette demande dans sa langue maternelle, en russe. Il m'a serré dans ses bras et est resté une heure de plus, retardant sa garde. J'ai eu beaucoup de mal à me calmer. Je crois bien que je ne l'ai jamais serré aussi fort de ma vie.
Finalement il partit. Je ne pleurais plus mais j'étais très inquiet sur ce qu'il allait m'arriver. Je suis resté toute la journée dans ma chambre. Le soir venu, je suis appelé pour manger. Pendant le dîner, une maman et un garçon traversent la salle commune puis de nouveau quelques minutes plus tard vers la sortie. A la fin du repas je retourne dans ma chambre immédiatement, refusant de rester parmi tout le monde. J'étais en train de ranger mes affaires et une infirmière entra avec le garçon que j'avais vu quelques minutes plus tôt. Ce serait mon compagnon de chambre comme elle l'appelait. Elle me l'a présenté mais je ne me souviens plus de son nom. Il était dépressif. Ça commençait très mal, je pensais être au moins seul ici. Je n'ai pas dis un mot, lui non plus. Il avait l'air de se sentir plus à l'aise que moi ici. Je me rappelle qu'il avait apporté des cartes à jouer et qu'il y en avait partout sur son lit. Je me suis couché et j'ai fais semblant de dormir. Je ne me suis endormi que bien plus tard.
Le reste de la cure c'est globalement bien passé. Mes parents venaient me voir autant de fois qu'ils le pouvaient. Mes petites soeurs sont venues aussi. Je n'ai pas entretenu de bonnes relations avec le garçon qui partageait ma chambre, nous ne nous parlions quasiment jamais. J'ai vu plusieurs fois un psychiatre avec qui j'ai très peu discuté au final. Il m'a prescrit des anxiolytiques. J'ai participé à des activités de groupe qui furent une catastrophe. Je n'ai pas réussi à avoir le moindre contact avec les autres patients, seule l'infirmière qui s'occupait de me donner mes médicaments avait réussir à me sortir de ma torpeur. En rentrant chez moi, je n'ai jamais été aussi content de retrouver ma chambre.
Je n'ai jamais plus essayé de me faire du mal. Je ne sais toujours pas si c'est le traumatisme d'être rester dans cette institution, les benzo ou encore le psy qui y est pour quelque chose. Quoi qu'il en soit, l'hôpital et son service ouvert me convienne bien mieux aujourd'hui. J'ai réussi à nouer des liens avec le personnel soignant et j'y retourne volontiers avant de reprendre les cours à l'université. Cela fait partie intégrante de mon équilibre mental. Bien évidemment, j'espère qu'un jour je serais débarrassé de mes angoisses et de se qui me ronge à l'intérieur. Je ne sais pas encore ce que c'est, j'essaie tous les jours d'en découvrir d'avantage.
Être en couple fut un pas de géant pour moi, je commence à m'y faire. Je ne peux pas dire que je me sens heureux mais je pense toucher du doigt une petite part de bonheur auquel on a tous le droit. Je ne serais jamais normal, je resterai schizoïde. Cela ne m'empêchera pas de vivre.