J'ai décidé d'ouvrir ce blog et de laisser mon témoignage sur ma vie en tant que schizoïde au quotidien. Il pourrait être utile à tous ceux qui souffrent de la même pathologie, afin de découvrir les autres sous un angle différent, ainsi qu'à leurs proches qui pourraient être à même de mieux les comprendre.
Chapitre 1 : La rencontre
Je vais raconter un peu comment s'est passé ma rencontre avec ma petite amie. J'ai mis du temps à l'appeler comme ça. Au début c'était "mon amie", "ma conjointe", "ma collocataire" et un jour j'ai sortis "Salut, tiens j'te présente ma copine". Moi surpris, elle surprise. Finalement j'avais acquis la notion de ce qu'était une petite amie. Youhou.
J'ai rencontré une fille.
Je ne l'avais pas encore remarqué mais d'après ce que l'on m'a dit par la suite, elle était là avant moi. Elle n'avait pas l'air bien, comme désorientée et une infirmière était à ses côtés quand elle entra dans la salle commune. Moi, j'étais dans mon coin habituel en face de l'infirmier de garde avec un livre. Je lisais Le Banquet de Sophocle, au programme de l'année prochaine, un thé était en train de refroidir sur la petite table basse devant moi. Il n'y avait que le bruit des faibles conversations qui résonnait dans la salle. J'étais tranquille et bien du moins, jusqu'à ce qu'elle s'approche de moi. Elle entama la conversation en me demandant ce que je lisais. Je lui ai répondu sans détacher mon regard du livre. Il arrive que des patients viennent vous voir pour quelque chose ou pour un rien mais ils sont facilement découragés face à moi.
Pas elle.
La conversation continua, elle enchaîna les questions sans importance et commença à me parler de sa vie, de ses études, de son expérience en psychiatrie. Son discours ne m'intéressait pas le moins du monde. Je continuais le jeu de l'ignorance mais il n'avait pas l'air de fonctionner avec elle. Elle me dit alors qu'elle s'appelait Cécile puis me demanda mon nom. Je ne répondis pas. Elle insista et pour s'amuser, mit sa main sur la mienne que j'enlèvai brutalement. Je commençais à avoir peur, j'eu une montée d'angoisse. Mon souffle s’accélerra, je suais. Elle continua son petit jeu, se lèva et se mit face à moi. Elle eu visiblement très envie de me dire quelque chose. Je m'enfonçais dans ma chaise, le livre tomba de mes mains. Je ne pu m'empêcher de la regarder comme une créature bizarre alors qu'elle eu l'air de s'inquiéter pour moi. L'infirmier arriva, il la prit par les épaules et la reconduisit à sa place, doucement. Je les suivais du regard. On dirait qu'elle comprenais ce qu'il lui disait puisqu'elle acquiesça plusieurs fois de suite. L'infirmier revint ensuite me voir et il me demanda comment ça allait. Je vais mal. Il me leva de mon siège et interpella une infirmière en me ramenant à ma chambre. J'y suis resté jusqu'au lendemain avec une double dose d'anxiolytiques au coucher.
Au matin, je demande à l'infirmier si la fille d'hier est encore dans la salle. Il me répond que oui mais qu'il lui a bien expliqué mon cas et qu'il me surveillait, que je ne devais pas rester coucher toute la journée. Je demande à téléphoner à ma mère, chose faite dans le quart d'heure qui suit. Celle-ci me dit de rester calme avec elle et de lui dire si jamais elle me dérangeait. Je faisais ça d'habitude et c'est vrai que ça avait bien fonctionné. Un peu plus rassuré, je retourne en salle. Elle est là, assise sur une chaise en rotin en train de discuter avec une autre fille. A vu de nez, nous avons le même age tous les deux. Je retourne à ma place habituelle, mon livre est sur la table, l'infirmier me demande si je veux un thé. Tout redevient normal.
Cécile ne me parlera pas de la journée, mais nos regards se sont plusieurs fois croisés.