J'ai décidé d'ouvrir ce blog et de laisser mon témoignage sur ma vie en tant que schizoïde au quotidien. Il pourrait être utile à tous ceux qui souffrent de la même pathologie, afin de découvrir les autres sous un angle différent, ainsi qu'à leurs proches qui pourraient être à même de mieux les comprendre.
Les dépendants, qu'ils soient affectifs ou dépendants à un médicament ont tous un point commun : obtenir un soutient à outrance de la part d'autrui. Seulement voilà, moi qui suis antipathique au possible, je suis incapable d'accorder plus de cinq minutes un soutient à quelqu'un. D'une part, le dépendant a besoin de se sentir rassuré et conforté par son entourage, il est donc hors de question qu'il y ait brusqueries en tout genre. D'autre part, le sujet n'assume pas ses responsabilités et préfère que quelqu'un les prennent à sa place.
Que fait donc lorsqu'on est comme moi et qu'on vit avec un engin pareil ? (si elle m'entendait...)
Je dirais que c'est le système D au jour le jour. Elle peut être tout à fait normale pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines et d'un seul coup, péter une durit. Alors la j'ai eu droit à : la crise de pleurs "Mais pourquoi tu pleures ?" → "Je sais pas mais je suis triste" , la crise d'angoisse," Je vais pas m'en sortir, j'ai besoin d'appeler là et là bas tout de suite pour qu'on me dise si c'est bon" etc...
Le problème, c'est qu'elle attend que je fasse comme avec sa mère ou avec une de ses copines mais chez moi c'est programmé différemment donc au début, où elle avait encore du mal à comprendre mon cas, c'était le rodéo tous les soirs. Mais j'avais un avantage énorme : celui de ne pas rentrer dans son jeu.
Un soir, nous avons eus une discussion très mouvementée. C'était la veille de son premier jour de stage. Elle était en pleurs et n'arrêtait pas de me poser des questions sur son stage et sur elle. Elle voulait se sentir rassurée, que je l'embrasse. Je lui ai dis qu'elle devait se calmer d'abord, j'étais incapable de gérer la situation si elle ne se calmait pas. Je lui ai refusé son câlin, tout comme j'ai haussé la voix quand elle m'a dit que c'était de ma faute si elle pleurait. Elle pleurait seulement parce qu'elle se retrouvait toute seule à gérer une grosse pression.
Suite à cela, elle est partie chez sa mère trois jours.
J'ai eu tord de parler fort, je ne me mets jamais en colère mais je parle plus fort pour bien faire comprendre mes idées face à quelqu'un de borné. Je ne m'en suis rendu compte que le lendemain après y avoir repensé. C'est vrai, c'est une fille, c'est pas Tom. Elle a du mal avec l'affectif il faut que je fasse plus attention, je dois me montrer plus doux et plus gentil sinon elle risque de se faire des films. Je dois être attentif avec elle, voir quand elle ne va pas bien mais ne jamais rentrer dans le cercle vicieux de l'affectivité débordante.
Heureusement que cela ne risque pas d'arriver.
Et puis j'ai eu l'idée de lui faire une place dans mon carnet. Depuis, je note tout ce que je peux dedans : date d'anniversaire, couleur, plat favori, ce genre de chose... Ca marche bien pour le coup.
J'essaie d'agir par moi même, que je n'ai pas à lui demander dans une situation de malaise ce qu'il faut faire. C'est vrai que demander quoi faire lors d'un câlin intime, ça plombe d'ambiance.
Du coup, j'ai pris des leçons.
Vu que je me sentais incapable de demander ce genre de chose à ma mère, je me suis dirige vers mon infirmier de père. D'abord surpris puis amusé de ma question : « Papa, comment on s'y prend avec une fille pour lui dire qu'on l'aime alors qu'on n'y connais rien ? ». Il m'a finalement donné une réponse assez brouillonne. Je crois que j'aurais mieux fait d'aller voir ma mère. « Fils, un schizoïde à un problème affectif aussi gros que l'Australie et tu voudrais que je te file un coup de main ? Commence déjà par te souvenir de sa date d'anniversaire ce sera pas mal ». J'ai demandé pourquoi c'était si important de se souvenir d'une date d'anniversaire. Il m'a répondu de demander à ma mère. Je ne l'ai pas encore fait.
J'ai finalement accepté l'aide maternelle, bien qu'en lui demandant, je ressemblais plus à une tomate sarde qu'a moi même. Bizarrement, elle ne fut pas surprise du tout et trouva cela totalement normal. Au fil de la conversation, elle m'expliqua comment se montrer gentil, charmant, les choses à ne surtout pas dire et là, elle voit ma mine déconfite et s'arrête.
- « Ca va pas ? »
- « J'ai pas pris mon carnet ».
J'ai retenu tout de même pas mal de chose que j'ai notés par la suite pour être bien sur de ne pas commettre d'impairs.
Si aux yeux d'une personne normalement constituée cette attitude peut paraître ridicule, elle est pour moi essentielle. Je souhaite réellement m'améliorer dans mes relations avec les autres car si je reste dans ma coquille, bien sur que je suis réconforté, mais je suis aussi en plein dans l'impasse. Si je reste casanier, je ne pourrais jamais m'en sortir et avoir une vie affective "normale". Pour mon ami schizophrène, Tom, avoir une vie normale n'est pas important. Pour lui, vivre lui suffit et surtout se trouver une raison de vivre par n'importe quel moyen. Je me rends aujourd'hui compte que son cas est bien plus grave que ça en à l'air.
Il y a toujours quelqu'un qui est plus dans la mouise que nous le sommes. Ce que j'ai n'est qu'un trouble de la personnalité qui ne pourra jamais totalement disparaître, mais qui peut aller vers le mieux. Tom sera toujours schizophrène et enfermé dans sa bulle.
Cécile sera toujours dépendante affective et aura constamment besoin de quelqu'un près d'elle sous peine de sombrer dans une dépression profonde. Je me demande ce qu'il va se passer lorsque sa mère viendra à mourir. Si ça se trouve, elle ne sera plus avec moi mais quand même, je me le demande. Je ne sais pas si elle s'est déjà poser la question. En tout cas, vivre avec elle fut une catastrophe au départ mais à l'arrivée, je ne regrette rien.
Je crois que je commence à comprendre ce que « aimer » veut dire. Il ne s'agit pas seulement d'une combinaison chimique dans le cerveau et d'une sécrétion d'hormone dans le corps. Moi qui en temps normal ne ressent rien, commence à avoir un peu chaud au cœur.
Je me demande si c'est ça que l'on appelle l'amour.